
"... J'avais lu tout ce qui peut se lire et même ne pas se lire en fait de voyages, et si cette lecture n'a pas ossifié les lobes de mon cerveau, c'est que je suis heureusement doué. Après les voyages de Cook, de Ross, de Dumont d'Urville, de Richardson, et même d'Alexandre Dumas, il me resta assez d'appétit pour dévorer les soixante-six volumes de
l'Univers Pittoresque, un ouvrage de Bénédictins que les plus dures régles de leur ordre ne les eussent jamais condamnés à lire.

Les aventures, les découvertes, les expéditions,
les excursions, les
pèlerinages, les campagnes,
les
émigrations,
les explorations, les itinéraires, les pérégrinations, les traversées, le tourisme, ces mille mots magiques, mis au service d'une même idée, se croisaient, s'entremêlaient, s'amalgamaient, se combinaient, tourbillonnaient dans mon cerveau...
... Je decouvrais les contrées qu'ils avaient découvertes, je prenais possession au nom de la France des îles sur lesquelles ils plantèrent leur pavillon, j'étais Colomb en Amerique, Vasco de Gama aux Indes, Magellan à la Terre de Feu, Jacques Cartier au Canada, Cook à la Nouvelle-Calédonie, Durville à la Nouvelle-Zélande, toujours et partout français, même en trouvant le Labrador, le Mexique, le Brésil, la Guinée, le Congo, le Groenland, le Pérou, la Californie.
Suivant l'expression de Chateaubriand, la terre me semblait trop petite, puisqu'on en avait fait le tour, et je regrettais qu'il n'y eût que cinq parties du monde."
Tiré de
"Joyeuses misères de trois voyageurs en Scandinavie". 1er chapitre d'une oeuvre inachevée de
Jules Verne, écrite en 1861.
8 p. manuscrites. Amiens, Bibliothèque municipale.
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