
MANUSCRIT. PHILIPPE
(M.)]. Mémoire concernant le Trésor royal.
Par M. Philippe. Premier commis du Trésor royal et cy devant commis à l'exercice d'un office.
[Paris], (1814) , in-4, 75 ff. de papier vergé réglé dont 27 non-manuscrites, page de titre manuscrite et ornée à l'encre, veau raciné caramel, dos lisse orné de caissons dorés agrémentés de motifs à la roulette et de doubles filets dorés, alternant des motifs de lyres et astres rayonnants en fleurons, plats encadrés de délicats motifs de palmettes et formes géométriques dorées, roulettes dorées sur les coupes, dentelle intérieure, tranches dorées
(Tessier). Dos refait à l'identique. Usures d'usage sur les coupes et les coins. Plats légèrement frottés. Qqs rouss. Étiquette gravée d'époque du "relieur et doreur de la Trésorerie nationale, du Bureau de la Guerre", Teissier, "rue de la Harpe, vis-à-vis celle de Deux-Portes, n°26, à Paris".
Vendu
Ce manuscrit au ductus élégant est entièrement rédigé d'une écriture fine et régulière. Il constitue une monographie sur l'histoire de l'institution des Finances du royaume de France qui justifiait ou payait les guerres tout en payant les dépenses monarchiques des deniers "récoltés". De la période de Philippe le Bel aux débuts du XIXe siècle, l'auteur s'est pris de passion pour l'histoire de ce symbole et de sa fonction et semble avoir fait des recherches méticuleuses. Quelques annotations apparaissent d'ailleurs sur les sources ou le lieu des renseignements. En effet le manuscrit a été interrompu vers avril 1814, période à laquelle Louis XVIII accède au trône renommant le "Trésor royal" l'institution qui rassemble les contributions et finance le royaume.
À partir du 36e feuillet, l'auteur a établi une chronologie détaillée de ses prédecesseurs au poste de responsable du Trésor royal dont il cite les noms quand il les a retrouvés. Qu'ils soient "trésoriers de France", "receveurs généraux" ou "gardes du trésor royal", du XIIIe au XIXe siècle, M. Philippe dresse un véritable inventaire accompagnant les noms qu'il a retrouvé de notes biographiques. Celles-ci sont parfois très conséquentes, surtout à partir du XVIIe siècle.
Très belle page de titre historiée et calligraphiée.
En chef, le premier mot du titre est inscrit en lettrines fleuries réalisées au lavis à l'encre, introduisant de manière solennelle la suite de l'intitulé. En pied de page, comme un pendant au titre orné, un gracieux lavis représentant une allégorie de la fonction du Trésor royal. Une femme au sein dénudé s'appuie sur une table de comptage sur laquelle sont abandonnés des "jetons" (ce petit "ustensile" de comptes du Moyen-Age qui devint un avatar de monnaie) sortant d'une corne d'abondance. Sa main droite tient une balance, l'outil de travail principal des professions maniant l'argent. Au sol, des sacs de pièces représentant l'abondance et la mission du Trésor royal.
L'ensemble de la page est encadré d'ornements de calligraphies, notamment anthropomorphiques. On peut y voir deux hommes en armes dont le corps et l'armement sont réalisés en entrelacs et lettres de calligraphie astucieusement agencées. Un monogramme orné apparaît sur l'écu du garde de droite. Deux oiseaux délicatemment calligraphiés ponctuent le titre et la mention de l'auteur. L'ensemble est souligné d'entrelacs et de spirales inscrites d'une main sûre.
La précision du trait, l'élégance des courbes laisse deviner une longue pratique de la calligraphie chez l'auteur, mise en valeur par une sensibilité artistique évidente.
L'étiquette du relieur Tessier précise la mention "Trésorerie nationale" ( il en était le relieur attitré) qui nous laisse supposer que ce manuscrit aura été relié entre 1820 et 1843, date à laquelle l'activité de son atelier cesse.