70. [LE MERCIER DE LA RIVIERE]. L'Heureuse Nation, ou relation du gouvernement des Féliciens ; Peuple souverainement libre sous l'empire absolu de ses Loix ; Ouvrage contenant des détails intéressans sur leurs principales Institutions Civiles, Religieuses et Politiques ; sur leurs divers Systêmes et leurs Mours, tant publiques que privées ; détails auxquels a été ajouté un Manuel politique de cette Nation. A Paris, chez Buisson, 1792. 2 vol. in-8 de (4)-LXXI-334 pp. 1 f.n.ch. ; (4)-496 pp. 1 f.n.ch., basane havane mouchetée, dos lisses ornés de filets dorés, pièces de titre en maroquin rouge et de tomaison en veau bleu, tranches rouges (reliure de l'époque) . 12.000 €
Edition originale très rare de la seule utopie physiocratique.
« Oeuvre de théorie sociale et politique non romanesque, en fait un Projet donné comme réalisé. Dans une Adresse à la Nation française, l'auteur explique qu'il entend indiquer les moyens d'assurer le bonheur de la nation. Il expose, dans un discours préliminaire, les principes philosophiques et sociaux d'une organisation politique : Les hommes doivent être gouvernés comme des hommes. Le gouvernement proposé est monarchique, mais en même temps soumis à la volonté générale. L'égalité et le droit de propriété y sont garantis, l'instruction publique et gratuite y est établie. Ce projet, qui maintient une noblesse héréditaire, justifiée par le mérite, et qui prône une restriction tout à fait symbolique de la proprité foncière, est révélateur de la volonté de compromis social de la grande bourgeoisie en 1792 » (Hartig).
Frontispice gravé par Delauney d'après Marillier : Emblême du gouvernement Félicien . Bel exemplaire, très pur.
Hartig et Soboul, p. 77 ; Versins, 495a ; INED, 2790 ; Einaudi, 3304 ; Quérard V, 140.
71. [LEMONTEY (Pierre Edouard)]. Récit exact de ce qui s'est passé à la séance de la Société des Observateurs de la Femme, le mardi 2 novembre 1802. Par l'auteur de Raison, Folie, etc. A Paris, chez Deterville, 1803. In-16 de XX-170 pp., veau brun caillouté, dos lisse orné, pièce de titre en maroquin vert (reliure de l'époque) . 600 €
Edition originale. Spirituelle parodie des faits et gestes sous la forme d'un pastiche de Candide, contre la société qui s'intitulait fastueusement Les Observateurs de l"Homme (1799). Lemontey ((1762-1826) parlant de la décoration de la salle où se tenait la séance, dit qu'elle était décorée des « bustes de trois philosophes qui avaient particulièrement médité sur la femme : Thomas, Rousseau et Diderot. Le premier avait l'air de lire, le second de rêver, et le troisième de prêcher. La même variété se retrouvait dans les matières que le sculpteur avait employées : Thomas était en plâtre verni, Rousseau en bronze doré, et Diderot en lave brute ». Bel exemplaire.
Lacombe, III, 17973.
72. LENGLET DU FRESNOY (Nicolas). Tables chronologiques de l'Histoire universelle. A Paris, Chez Osmont et Briasson, 1723. In-plano étroit (64 x 25 cm) de 4 planches doubles repliées, veau brun moucheté, dos lisse orné, titre doré frappé au centre du premier plat (reliure de l'époque) . 3.000 €
Momumentale publication du très productif abbé Lenglet Du Fresnoy (1674-1755) dont la Méthode pour étudier l'Histoire, avec un Catalogue des principaux Historiens (1729) a connu un vif succés et a été imprimée plusieurs fois et traduite en plusieurs langues. Protestataire continuel de la liberté de la presse sous un pouvoir absolu, Lenglet ne manquait jamais de rétablir à l'impression les passages que la censure lui avait supprimés. « Lenglet du Fresnoy joignait à une vaste érudition un esprit mordant, une maligne causticité et un tour d'esprit qui n'est pas sans analogie avec celui de Rabelais » (Pierre Larousse).
Curieux livre formé de 4 grandes planches gravées dépliantes (90 x 25 cm) montées sur onglets. Chaque planche est divisée en plusieurs colonnes, et plusieurs cartouches dans lesquels on donne l'explication des colonnes.
Traces de mouillure marginale sur deux planches. Le titre et le non de l'auteur sont frappés dans un encadrement doublé d'une roulette dorée sur le premier plat.
73. LESAGE (Alain René). Histoire de Gil Blas de Santillane. A Londres, chez Logman, Hurst, Rees, et Orme, 1809. 4 vol. grand in-8 (235 x 143 mm), veau vert glacé, dentelle dorée en encadrement, dos ornés à nerfs, tranches marbrées (reliure de l'époque) . 1.000 €
Exemplaire en grand papier. 24 figures d'après Smirke gravées par Armstrong, Fitler, Golding, Neagle, Parker et Raimbach.
Fine reliure de l'époque, quelques frottements.
Vicaire (V, 215) cite cette édition sans l'avoir vue : « Je n'ai pu rencontrer cette édition, ornée de 24 gravures exécutées d'après les dessins de Smirke. Elle n'est pas à la Bibliothèque nationale ». Ne figure pas au catalogue de la BNF.
74. LE TROSNE (Guillaume-François). De l'Administration Provinciale, et de la Réforme de l'Impôt. A Basle, 1779. 1 vol. in-4 broché de X-661 pp. ; 24 pp. pour la Manière de simplifier le plan proposé, couverture de l'époque. 8.500 €
Edition originale de toute rareté. Elle fut saisie par ordre du Garde des sceaux à cause des idées de son auteur sur la nécessité d'imposer les biens du clergé et de la noblesse.
Vers 1775, les difficultés toujours croissantes de la perception de l'impôt et l'insuffisance des ressources fournies ramenèrent l'attention publique vers un projet dont le marquis de Mirabeau avait été le promoteur dès 1750 : créer partout des administrations provinciales. L'académie de Toulouse ayant invité les publicistes à s'occuper de ce sujet, Le Trosne répondit par un mémoire. Ce travail, revu et complété, fut publié en 1779. Le Trosne ne ménageait pas beaucoup les prérogatives du clergé à Paris ; comme en 1780, il devait y avoir une réunion du clergé à Paris, le Garde des Sceaux craignit que ce livre ne les indisposât : pour éviter bruit et scandale, il le fit saisir, bien que Necker en eût favorisé la publication. L'ouvrage reste une source importante de renseignements sur l'organisation de la société avant 1789.
Exemplaire contenant la Manière de simplifier le plan proposé, daté du 3 février 1780, imprimé après l'édition l'originale et joint seulement à un très petit nombre d'exemplaires.
Très bel exemplaire broché, tel que paru.
INED, 2867 ; Stourm, p. 100 ; Peignot, Livres condamnés au feu, II, 164.
75. Loi fondamentale du Royaume des Pays-Bas , précédée du Rapport présenté au Roi par la commission chargée de sa révision. Nouvelle édition. Bruxelles, Stapleaux, 1817. In-8 de (4)-XX-72 pp., maroquin rouge à grains longs, dos lisse richement orné, plats encadrés d'une large dentelle dorée accompagnés de filets dorés et d'une petite frise à froid, palmettes dorées aux angles, jeux de dentelles intérieures, contreplats de moire, frise et dentelle intérieures, tranches dorées (reliure de l'époque) . 1.000 €
Nouvelle édition. La première édition française parut en 1815.
En 1814 fut admis le principe de la réunion des Provinces-Unis avec les anciens Pays-Bas autrichiens et l'évêché de Liège, c'est-à-dire avec l'actuelle Belgique, décision enterinée par le Congrès de Vienne qui y ajouta le duché de Luxembourg, Bruxelles et La Haye se partageant le rôle de capitale. Cette constitution, ou pacte fondamental du nouvel état, avait été votée presque à l'unanimité par une assemblée de notables le 29 mars 1814, puis rejetée suite à l'opposition entre elles des nouvelles provinces. Elle fut enfin admise le 25 août 1815, après amendements ( (234 articles et 3 articles additionnels, répartis en 11 chapitres) mais les querelles qui s'ensuivirent amenèrent quelques années plus tard la séparation de la Belgique et de la Hollande.
Fer à froid représentant deux lions assis affrontés au bas de chaque plat. Quelques feuillets légèrement roussis.
Bel exemplaire dans une reliure en maroquin du temps richement ornée.
76. MAISTRE (Joseph de). Considérations sur la France. Londres (Bâle), 1797. In-8 de (4)-IV-246 pp., basane havane marbrée, dos lisse orné, pièce de titre en maroquin rouge, tranches marbrées (reliure de l'époque) . 1.000 €
Deuxième édition publiée par Mallet-Dupan, revue et corrigée par l'auteur. Quérard : « Lorsque ces Considérations parurent (1796), elles furent rigoureusement défendues par les autorités françaises ; le livre se distribuait sous le manteau, et il eut la même année plusieurs éditions. Il paraît qu'on a fait à Paris, à Lyon et en Suisse, dans les années 1796 à 1797, trois contrefaçons de ces Considérations , car l'auteur se plaint, dans un post-scriptum de la seconde édition (1797), des fautes dont fourmillent les éditions précédentes (.) Louis XVIII écrivit en 1796 à l'auteur, au sujet de cet ouvrage, une lettre de félicitations, qui fut publiée par le Directoire, au nombre des pièces saisies dans l'affaire du 18 Fructidor ». De la bibliothèque Laplagne Barris avec ex-libris. Quérard V, 452. Bel exemplaire.
77. Manuscrit. La Clémence de Titus. Drame Lirique en trois actes traduit littéralement de l'italien de Metastase. Par Mesdames Justine & Julie Chamborant chanoinesses-comtesses de l'Argentiere. MDCCLXXXVI. 1786. Manuscrit in-32 (90 x 55 mm) de 152 pp. (les pp. 1-39 sont chiffrées), maroquin rouge, dos lisse orné, double filet doré d'encadrement sur les plats, tranches dorées (reliure de l'époque) . 1.500 €
Charmant exemplaire calligraphié de la Clémence de Titus dans une traduction française inédite datée 1786, offerte comme « gage de reconnaissance » par Mesdames Justine & Julie Chamborant chanoinesses-comtesses de l'argentiere à un bienfaiteur anonyme. Ce doit être le lieu l'Argentière (situé dans la paroisse de Droux, Haute-Vienne) que Milesende de Montierneuf donna en 1119 au bienheureux Robert d'Arbrissel, pour y fonder un monastère de l'ordre de Fontevrault.
« Monsieur, nous trouvons autant de plaisir que de justice à vous offrir cette petite traduction. C'est le premier fruit de vos bontés et de votre zèle. » (Dédicace A Monsieur J.J.G. ).
La pièce est vue par les deux traductrices comme « le chef d'oeuvre (de Metastase) et de la scène italienne » citant Voltaire dans leur courte préface.
78. Manuscrit. Raymundus Ferrettus Dei, & Aplicae Sedis Gratia Episcopus Recinete & Lauretanus. Sans lieu ni date [1690]. Petit in-4 manuscrit de (3) ff. sur vélin, maroquin havane, double encadrement de filet doré sur les plats, Vierge à l'Enfant et motifs d'angle sur le premier plat, armes sur le second plat, tranches dorées (reliure de l'époque) . 3.000 €
Copie manuscrite finement calligraphiée à l'encre brune sur peau de vélin d'une adresse datée Août 1690 de l'évêque de Loreto, Raymundus Ferretus au pape Alexandre VIII.
Texte encadré d'un triple filet, lettrine et reproduction à la plume des armes du cardinal sur le feuillet de dédicace. Feuillets roussis.
Exemplaire aux armes du cardinal Luigi d'Altieri ; né en1805, nonce apostolique à Vienne en 1840, fut l'un des commissaires extraordinaires qui fut chargé du gouvernement en 1849 par le pape Pie IX retiré à Gaëte.
79. [MARC (Guillaume)]. Les Rossignols Spirituels. Liguez en Duo, dont les meilleurs accords nommément le Bas, relevent du Seigneur Pierre Philippes, Organiste de ses Altezes Serenissimes. A Valencienne, De l'Imprimerie de Jean Vervliet, 1616. Petit in-12 de 251-(13) pp., vélin souple à rabats, traces de lacets (reliure de l'époque) . 1.500 €
Edition originale rare.
Curieux recueil de chansons imprimé à Valenciennes avec de nombreuses partitions musicales, in et hors texte, gravées sur bois. Les textes sans non d'auteur sont attribués au jésuite Guillaume Marc (1574-1638), qui enseigna à l'école dominicale de Valenciennes.
L'apport novateur de l'ouvrage nait de l'écriture en langue vulgaire le rendant accessible au plus grand nombre. Le thème majeur est celui de la contre réforme ; Les Rossignols spiritue l s représentent fidèlement le travail de reconquête des âmes entrepris au terme du Concile de Trente, tout particulièrement par l'intermédiaire des Jésuites : il s'agissait non seulement de lutter contre la réforme, surtout dans une ville qui l'avait violemment embrassée, mais aussi de la restauration de la foi et des pratiques de dévotions. La musique est retranscrite par Peter Philipp, organiste de la chapelle royale à Bruxelles.
Philippe Perlot, Musique et Musiciens à Valenciennes sous l'Ancien Régime, p. 26-28 ; Brunet, IV, 1407 ; Barbier, IV, 389.