10. [BEROLADE DE VERVILLE]. Le Palais des Curieux. Auquel sont assemblées plusieurs diversitez pour le plaisir des Doctes, & le bien de ceux qui désirent scavoir. A Paris, chez la Veusve M. Guillemot, & S. Thisboust, 1612. In-12 de (16)-584 pp., veau blond glacé, dos à 5 nerfs orné à froid, quintuple filet d'encadrement et fleuron d'angle à froid sur les plats, roulette dorée sur les coupes, tranches marbrées (reliure du XIXe siècle) . 2.000 €
Edition originale. Seule édition de ce recueil d'anecdotes linguistique, historique, scientifique, ésotérique, que l'on peut rapprocher du Moyen de parvenir, dont Béroalde avoue ici être l'auteur.
Viollet-Le-Duc qui n'aimait pas trop Béroalde, ce « poète, philosophe, grammairien, chimiste, alchimiste, médecin, mathématicien, etc., un des nombreux savants à qui la multiplicité des connaissances a plutôt troublé l'esprit qu'elle ne l'a étendu, tour à tour historien, romancier, conteur et moraliste, métaphysicien obscur, écrivain prolixe et fécond » analyse le Palais des Curieux qui « bien que recherché et s'achetant assez cher, est méprisé sur parole et n'est lu de personne. Cependant il contient des remarques singulières sur des objets d'histoire naturelle, des recettes ingénieuses, des observations de moeurs qui ne manquent pas de finesse d'observation, des recherches philologiques pleines d'intérêt et qui sont véritablement instructives, pour moi du moins, n'ayant appris la signification de vieux mots que j'avais vainement cherchée ailleurs ».
Ex-libris manuscrit au titre Perard . Bel exemplaire.
Brunet I, 808 ; Viollet Le Duc, 361 ; Tchemerzine I, 677.
11. BEVERLAND (Adriaan). Peccatum Originale kat exocen sic nuncupatum, Philologice PROBLHMATIKWS Elucubratum à Themidis Alumno. Eleutheropoli, In Horto Hesperidum Typis Adami Evae Terrae Filii, 1678. In-12 de (10)-146-(4) pp., maroquin citron, dos orné à nerfs, triple filet doré d'encadrement, motif floral aux angles, coupes guillochées, dentelle intérieure, tranches dorées sur marbrure (reliure du début du XVIIIe siècle) . 2.000 €
Edition originale. Adriaan Beverland, écrivain flamand (1650-1716), remplissait les fonctions de procureur lorsqu'il fit paraître, en 1678, un livre intitulé Peccatum Originale , où il prétendait prouver que le péché d'Adam n'est autre chose que son commerce charnel avec Eve. Il entrait à cet égard dans des détails pleins de descriptions obscènes. Il en résulta un grand scandale : l'université de Leyde, se croyant compromise par cet ouvrage, cita l'auteur devant son tribunal, l'enferma dans une prison et fit brûler le livre par la main du bourreau ; elle ne lui rendit la liberté qu'après lui avoir fait rétracter ses opinions et exiger de lui le serment de ne plus rien écrire de semblable. Beverland se retira à Utrecht et, pour se venger de l'université de Leyde, publia un pamphlet anonyme dans lequel les professeurs de cette université sont très mal traités. Le magistrat d'Utrecht ayant reçu des plaintes sur sa conduite licencieuse et sur la corruption qu'il répandait parmi les jeunes gens de la ville, le bannit de son territoire.
Peignot I, 33 : « Cet ouvrage excessivement licencieux fit mettre son auteur en prison à Leyde ; et il aurait pu s'en trouver fort mal, s'il ne s'était pas soustrait à la justice en s'échappant de sa prison.Son livre sur le péché originel est le plus curieux de tous ceux qu'il a faits, parce que c'est celui qui est écrit avec le plus de licence. L'auteur cherche à y démontrer, comme Henri Corneille Agrippa l'avait fait avant lui, que le péché d'Adam à consisté uniquement dans le commerce qu'il a eu avec Eve, et que le péché originel n'est autre chose que le désir naturel aux deux sexes de s'unir ».
Bel exemplaire.
Gay III, 677 « Rare » ; Brunet, I, 837 ; Jammes, Bûcher bibliographique, 407 ; Caillet, I, 1124 (pour l'édition de 1740).
12. BLOSSEVILLE (Ernest Poret marquis de). Histoire de la colonisation pénale et des établissements de l'Angleterre en Australie. Evreux, Imprimerie de Auguste Hérissey, 1859. In-8 broché de (4)-VIII-XXXII-(2)-569 pp., table, couverture imprimée. 650 €
Deuxième édition entièrement remaniée. L'édition originale parut en 1831.
Avant la Révolution, plusieurs projets proposent d'employer en France les condamnés à la colonisation des nouvelles terres découvertes par les grands navigateurs, idée que les anglais mettent en application en Australie à Botany Bay, en 1788. Abandonnée sous le Consulat, la question de la déportation pour les condamnés aux travaux forcés se pose à nouveau pendant la Restauration puis après 1830 où un courant se fait jour, sous l'influence de l'exemple anglais, pour la colonisation pénale, notamment avec la publication en 1831 de l' Histoire des colonies pénales de l'Angleterre dans l'Australie du marquis Ernest Poret de Blosseville (1799-1886), membre du Conseil législatif - solution écartée de concert par Lucas et Tocqueville. C'est vingt-cinq ans plus tard que Blosseville proposera une nouvelle mouture de son histoire : « Ce livre pourrait peut-être se placer sous la protection flatteuse de ces deux mots qui sonnent si bien : Seconde édition ; mais l'étude qui a été publiée, il y a un quart de siècle, sous ce seul titre Histoire des colonies pénales de l'Angleterre dans l'Australie , a subi des remaniements si profonds ; l'intérêt du sujet a tellement grandi par des circonstances imprévues ; les questions d'ordre social et de haute politique sont nées si vite sur ce qui n'était d'abord que le sol heureusement choisi pour une expérience plus remarquée des économistes que des hommes d'état : toutes ces considérations enfin ont réagi de telle sorte, que l'auteur a dû se priver d'une satisfaction d'amour-propre, et, sacrifice plus regrettable, d'un peu d'autorité. (.) En 1831, il avait présenté les faits au bon sens public sans vouloir conclure ; en 1858, l'expérience lui semble complète : il poursuit son exposé et il conclut » ( Avertissement ). Bel exemplaire malgré des rousseurs.
Fonds Lacassagne, p.47 ; Petit, Ces peines obscures , note 117, p. 606.
13. BOURGOING (Jean-François, baron de). Tableau de l'Espagne moderne. A Paris, chez l'Auteur, 1797. 3 vol. in-8 de VII-(1)-383 pp. ; (2)-390 pp. ; 362-(1) pp., basane fauve mouchetée, dos à nerfs ornés de guillochis dorés, pièces de titre en maroquin rouge, tranches jaspées (reliure de l'époque) . 1.500 €
Deuxième édition corrigée et considérablement augmentée. Jean-François de Bourgoing, diplomate français (1748-1811) remplit sous Louis XVI et sous Napoléon Ier de nombreuses missions auprès de divers Etats de l'Europe. Après un séjour d'une dizaine d'années à Madrid et de nombreux voyages en Espagne il donne ici le fruit de ces observations sous forme d'analyse économique, politique et sociale.
Ouvrage illustré de : tome I. Une Carte générale d'Espagne dépliante, d'un Plan de Madrid dépliant, 4 planches gravées dont 2 dépliantes : Vue de l'Ecurial , Vue de l'Aqueduc de Segovie, Statue de Charles-Quint, Statue de Philippe IV ; tome II. 12 figures de tauromachie sur deux grandes planches dépliantes ; tome III. 1 plan dépliant de la Baye de Cadiz, 3 planches dépliantes : Cathédrale de Séville avec la Giralda , Vue de Gibraltar , Pan de l'Attaque des Batteries flottantes devant Gibraltar, le 13 Septembre 1782 .
Petit accident sur 1 coiffe. Palau, II, 34056.

14. BRANT (Sebastian). Stultifera Navis. Narragonice profectionis nunquam satis laudate Navis : per Sebastianum Brant : vernaculo vulgarique sermone et rhytmo. Atquae iampridem par Jacobum Locher, cognomento Philomusum : denuo seduloque revisa : foelici exorditur prinicipio 1497. Nihil sine causa. Io de Olpe. Impssus in imperiali urhe Augusta (Augsbourg), per Iohanne Schensperger, 1497. Petit in-4 (136 x 95 mm) de CXLV-(3) ff., maroquin bleu, dos orné à nerfs, filets dorés d'encadrement sur les plats et les coupes, dentelle intérieure, tranches dorées (R. de Coverly) . 20.000 €
Première édition latine de Das Narrenschiff (La Nef des Fous) traduit de l'allemand par Jacques Locher. Il s'agit du deuxième tirage du mois d'avril 1497 imprimé par Johann Schönsperger à Augsbourg : il est en tout point identique au premier tirage de mars 1497 imprimé par les soins de Johann Bergmann de Olpe à Bâle, dont on retrouve l'adresse au titre - suivie à l'encre du temps du nom manuscrit de l'imprimeur en toutes lettres. Une troisième édition de cette traduction latine sera pubiée au mois d'août 1497.
Oeuvre satirique de Sebastian Brant publiée en langue allemande à Strasbourg en 1494, Das Narrenschiff décrit les aberrations des sens dont la folie et le péché. La nef qui se dirige vers l'île de Narragonie transporte tous les types de fous : ceux qui transgressent les commandements de Dieu ou s'opposent à la raison, les grands pécheurs et ceux qui sont atteints de légers travers, sans doute plus risibles que condamnables. Cette oeuvre fut souvent rééditée, traduite, continuée, contrefaite et a été utilisée par plusieurs prédicateurs alsaciens dont Geiler de Kaisersberg et Thomas Murner. Elle inspira Jérôme Bosch et Erasme pour son Eloge de la Folie .
Edition remarquable pour les 118 curieuses figures gravées sur bois dont elle est ornée : « Les gravures sur bois ont beaucoup contribué au succès de la satire. L'idée venait de Brant qui voulait que les illettrés aussi pussent être édifiés et en tirer profit. Sur presque toutes, on voit un fou avec le bonnet traditionnel pourvu de grelots » (Philippe Dollinger).
De la bibliothèque - vendue en 1902 - du diplomate Henry White avec son ex-libris. Notes marginales à l'encre du temps.
Brunet, I, 1204 ; Hain, 3748 ; Rahir, II, 271 ; PMM, 163.
15. Bulletin de la Convention nationale. Paris, Imprimerie Nationale, 1793-1794. 183 placards grand in-folio en feuilles. 4.500 €
Rare collection couvrant, avec manques, la période du 12 mai 1793 au 19 décembre 1794 ; un placard daté du 25 décembre 1792 est joint.
L'Assemblée Nationale avait commencé la publication du Bulletin le 5 septembre 1792 ; la Convention la reprit au numéro 16 (22 septembre) et la continua jusqu'au 4 brumaire an IV (26 octobre 1795). C'est un placard grand in-folio qui s'affichait sur les murs pour informer la population des nouvelles de la Convention. A partir du 10 Nivôse an III, il y eut deux éditions, l'une en placards, l'autre en cahiers de huit à douze pages in-8 ; il paraissait souvent plusieurs numéros par jour ainsi que des suppléments suivant l'abondance des matières.
Ce journal est une des publications les plus curieuses et les plus utiles pour l'histoire de cette période. Le compte-rendu des débats ne s'y trouve pas, mais certains décrets, les lettres de représentants en mission, des adresses et communications des sections, sociétés populaires, corps administratifs etc., le détail des dons patriotiques, ainsi qu'une multitude de faits d'un grand intérêt. Quand l'Assemblée décrétait l'insertion au Bulletin des adresses de félicitations, discours de pétitionnaires qui se présentaient à la barre, lettres, offrandes, c'était à la fois un honneur rendu à ceux qui en étaient l'objet et un exemple offert aux citoyens.
Hatin, 220 ; Tourneux, 10819 ; Walter, 156 ; Deschiens, p.105 ; La Bédoyère, 1702 ; Pochet-Deroche, 1557 bis.
16. CALONNE (Charles-Alexandre de). Requête au Roi. Adressée à sa Majesté. Sans lieu [Londres], Spilbury, 1787-1788. 1 vol. in-4 broché de (2)-131-(1)-76 pp., couverture de l'époque. 2.000 €
Edition originale. Très bel exemplaire imprimé sur papier fort, très grand de marges.
Après la réunion de l'assemblée des Notables, Calonne (1734-1802), contrôleur général des Finances, fut limogé en avril 1787 et s'exila à Londres où il « publia pour répondre aux attaques dont il fut l'objet dans le sein de cette assemblée et de la part du public, sa fameuse Requête au Roi, si souvent invoquée, dans laquelle figurent en relief, les actes incriminés de son administration. On y lit successivement les justifications relatives aux faits suivants : acquisitions et échanges de domaines consentis par favoritisme à l'encontre des intérêts du Trésor, extensions abusives et non autorisées de divers emprunts déjà remplis, bénéfices illégitimes sur la refonte des monnaies d'or, interventions à la bourse et fonds destinés à soutenir l'agiotage, etc » (Stourm).
Martin et Walter, I, 5816 ; Kress, B.1174 ; Stourm, pp. 134.
17. [CAYLUS (A.C.P. de Tubières, comte de)]. Féeries nouvelles. A La Haye, 1741. 2 vol. in-12 de (6)-346 pp. ; (2)-390-(2) pp., veau havane glacé, dos orné à nerfs, pièces de titre en maroquin rouge et de tomaison en maroquin olive, tranches rouges (reliure de l'époque) . 1.500 €
Edition originale.
Treize contes, qui seront plus tard réédités dans les oeuvres, se trouvent dans ces deux volumes : Le Prince Courtebotte..., Le Prince Muguet..., Tourlou & Rirette, La Princesse Pimprenelle..., Les Dons, Nonchalante & Papillon, Le Palais des Idées, Lumineuse, Bleuete & Coquelicot, Mignonette, L'Enchantement impossible, Minurie, Hermine .
Le comte de Caylus est très réprésentatif de son temps ; brillant officier, bon vivant, auteur de vers badins, de comédies parfois en style poissard, d'oeuvres libres, de contes libertins et de contes de fées, il protégea les arts et les artistes. Membre de l'Académie des Beaux-Arts et de celle des Inscriptions et Belles-Letrres, il écrivit aussi sur la peinture, les arts, l'archéologie et l'histoire. Diderot, qui n'aimait pas Caylus, eut tort de le traiter d'amateur ; en retour, Caylus n'avait de sympathie ni pour Diderot, ni pour Marmontel, ni pour les encyclopédistes. Ex-libris armorié non identifié.
Il était une fois... les contes de fées, 32.
18. Chambre de commerce de Normandie. Réfutation des principes & assertions contenus dans une Lettre qui a pour titre : Lettre à la Chambre du Commerce de Normandie, sur le Mémoire qu'elle a publié relativement au Traité de Commerce avec l'Angleterre, par M. D P. Par la Chambre du Commerce de Normandie. Sans lieu [Rouen], Imp. de J.J. Le Boullenger, 1788. 2 parties en 1 vol. in-8 de 80 et 114 pp., basane havane, dos lisse orné, pièce de titre en veau olive (reliure de l'époque) . 800 €
Edition originale de la Réfutation qu'adressa la Chambre de commerce de Normandie à Pierre-Samuel Dupont de Nemours qui avait publié la même année sa Lettre à la Chambre du Commerce de Normandie, sur le Mémoire qu'elle a publié relativement au Traité de Commerce avec l'Angleterre . Les Observations de la Chambre du Commerce de Normandie, sur le Traité de Commerce entre la France & l'Angleterre , mémoire publié pour la première fois l'année précédente, en 1787, et qui déclencha la polémique, est imprimé à la suite.
On peut lire dans l'avertissement des Observations : « La Chambre de Commerce de Normandie, justement alarmée sur les effets du traité de commerce entre la France et l'Angleterre, relativement aux manufactures de cette Province, s'est empressée de présenter un aperçu général de ce qu'elle pouvait en prévoir (.) elle s'est occupée de réunir aux renseignements qu'elle s'était d'abord procurés sur les Manufactures Anglaises, tous ceux qui ont pu lui faire connaître l'état actuel de nos ateliers en Normandie. » Dupont de Nemours donna pour réponse sa Lettre à laquelle la Chambre de Commerce apporta cette Réfutation .
Frère I, 210 ; Michaud XLVIII, 184.
19. CHATEAUBRIAND (François René, vicomte de). Mémoires d'outre-tombe. Paris, Eugène et Victor Penaud Frères, 1849-1850. 12 vol. in-8, demi-chagrin brun, dos ornés à nerfs (reliure de l'époque). 4.000 €
Edition originale.
Exemplaire complet de l'Avant-propos, de la Liste des actionnaires souscripteurs et de la lettre de Chateaubriand à l'éditeur Delloye.
Bon exemplaire en reliure d'époque ; quelques rousseurs.
Vicaire II, 290 ;
En français dans le texte, 268.